Art et puissance 2: puissance artistique

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Art et puissance 2 : Puissance artistique

La puissance est directement associée à la capacité de réunir l’artiste et son travail. Un travail qui reflète avec une grande qualité expressive l’expérience de l’artiste, son expérience intime. Cette disposition à propager avec force et sensibilité, cette profondeur d’âme, cette unité intérieure entre sa personne, sa personnalité, son ressenti, sa lecture de la vie et son ouvrage.


Cette puissance reflète l’artiste dans son entièreté, et peut-être que s’il nous raconte son dernier voyage, comme un documentaire ou un simple témoignage vécu d’un œil extérieur, cette magie ne sera pas au rendez-vous…


Cette rencontre n’a pas forcément besoin d’être décrite de manière explicite... toucher la tristesse ne se résume pas nécessairement à dépeindre un clown en larmes, ou une forêt dévastée, de même que la joie ne prendra pas seulement vie dans les yeux brillants d’un chien qui danse ou dans la mélodie printanière des oiseaux construisant leur nid. Le travail de l’artiste peut exprimer des aspects très subtils de son être. Une œuvre qui a de la puissance respire à la même fréquence que l’artiste, dans un même souffle, et il n’est peut-être pas indispensable de chercher à dire cette communion, cette sincérité...seulement la laisser entendre, laisser transpirer cette profondeur…


Cela me rappelle un ami artiste. Son travail respirait son ego, ses carences et son mal-être, dans une technicité incomparable...pourtant quelque chose manquait à mes yeux, il y avait ce parfum de vide, comme s’il s’adonnait à des exercices de style, à des figures imposées. Il ne fait pas ce travail intérieur de prendre soin de son âme, il nourrit une passion obsessive pour le dessin, et son art est essentiellement extraverti, à la recherche de performance, de productivité, de reconnaissance.

Mais un jour j’ai entraperçu dans son atelier une étude d’un muscle...un dessin purement technique qui n’avait pour but de plaire à personne. J’étais conquise, fascinée et dévastée à la fois, ce croquis c’était lui intimement dans une transparence la plus totale, chargée de tout son amour pour le dessin. Ce simple muscle avait une force énorme, la beauté de tout son Être rayonnait entre ses coups de crayons. Je pouvais contempler de lui ce qu’il y a de plus pur et de plus authentique, et ce de manière bien plus entière et généreuse que je ne pourrais le faire à travers ses actes ou son discours, son travail disons « officiel »...son cœur avait pris la place de sa culture, de ses croyances...j’y ai lu ce courage en fait, ce courage d’être totalement abandonné à soi-même.


De la même manière, je tombe encore en émerveillement devant l’étendue de la profondeur des travaux des patients de l’hôpital psychiatrique où travaillait Nise da Silveira. Bien qu’aucun d’entre eux ne possèdent de formation artistique chacune de leurs œuvres rivalisent de puissance et de cette force de vie.


Mais d’où viens cette intensité ?


Du fait qu’ils consacrent tant de temps, d’amour et d’énergie à leur ouvrage ?...ces moments de création étaient pour beaucoup d’entre-eux le seul espace de lucidité, leur unique refuge...peut-être est-ce là, dans cette nécessité absolue pour la survie de leur âme qu’ils trouvaient cette abnégation, cette abandon à soi, et loin des carcans de leur ego, le chemin vers une générosité pure, entière et sans faille...c’est leur vie entière qui est contenue derrière chaque coup de crayon, dans chaque coup de pinceau et au-delà de chaque coup de burin. Les tortures et les cris de joie d’une vie entière viennent se réunir dans cette unité du geste, de l’esprit et de l’âme, dans ce courage, ce courage pour un art qui n’a pas d’autre but que de laisser une totale liberté à l’expression de l’Être!


Alors, j’en viens à me demander, pourquoi un travail n’aurait pas de puissance ? Qu’est-ce qui nous bloque, nous limite ?


Peut-être il peut s’agir de cet empressement à terminer le travail, s’il s’agit d’une commande avec des délais, ou bien simplement produire le plus rapidement possible avant qu’il ne devienne obsolète...tout évolue si vite de nos jours...et on peut facilement oublier de rendre à une œuvre tout l’espace qu’elle mérite et ainsi étioler son éclat...

Une autre limite peut s’avérer être tout simplement la capacité technique pour s’exprimer. La puissance vient plus facilement avec la répétition, l’entraînement, la fluidité et l’intimité d’un artiste avec son langage. Pas qu’une grande maîtrise de la technicité soit indispensable pour établir une profonde connexion avec ce dialogue intérieur, mais plutôt qu’elle permet de ne pas bloquer la pureté, la justesse et la subtilité avec laquelle on va révéler ce paysage.

Il peut arriver également, lorsqu’on produit un art essentiellement extraverti, répondant aux besoins du marché, d’un publique, aux attentes d’une institution ou d’un discours politique, ou simplement à un besoin de reconnaissance, de se montrer, de s’exposer...que l’on prenne une direction qui n’est pas la sienne, et l’on s’affaire à un travail qui ne nous correspond plus vraiment, vide de nous-même, à dénaturer la fraîcheur du message, à pervertir son authenticité en quelque sorte...et ainsi grignoter des morceaux de sa force nutritive.

Un peu comme mon ami qui s’évertue à produire un art d’actualité, privé de sa franchise et de sa spontanéité, alors qu’avec le simple croquis d’un muscle il nous transmet toute l’étendue de ce profond dialogue intérieur...

Tant de petits grains de sable qui détournent notre regard vers l’extérieur et nous incitent à oublier de nourrir la matière première de l’art : la connexion avec notre expérience intérieure !


Car l’art a besoin d’âme, de sincérité, de pureté, de l’authenticité de nos ressentis, de nos émotions...de cet union avec l’Amour, avec la Vie, avec la spiritualité.

Et pour préserver sa profondeur, sa force, sa puissance ...il est essentiel d’être des plus attentionné envers la ...qualité de notre expérience intérieure!!!