Vers un art introverti2-definition
Vers un art introverti 2 : Qu’est-ce que c’est l’art introverti ?
Dans un art introverti, le but n’est pas de créer une œuvre à montrer, mais la pratique devient un outil pour m’aider à créer ou recréer et à harmoniser mon mode intérieur.
Je ne peins pas pour obtenir une belle œuvre. Je peins pour me connecter au monde physique à travers la vibration de chaque couleur. Ce n’est pas visualiser les couleurs mais toucher chacune d’entre elles de l’intérieur, les respirer, les ressentir, les écouter à travers les émotions qu’elles induisent, et les harmoniser jusque dans mon corps pas seulement par l’imagination, mais d’une façon plus charnelle.
J’esquisse des dessins d’observation, de reproduction pour donner plus de plasticité à mon cerveau en exerçant les fonctions de son côté droit, que nous délaissons si souvent. Je forme aussi ma capacité à contempler les choses telles qu’elles sont. C’est une pratique très utilisée en méditation, observer la réalité nue dans un silence spirituel, sans les interférences de mes jugements.
Je fais du théâtre pour sortir de mon identité, la remettre en question, entrer dans une transe collective, élargir mon état de conscience et avoir des insights, des perceptions qui m’aident à revoir, à corriger ma vision du monde. C’est une pratique très profonde, intérieure, presque chamanique…
Je joue de la musique pour rappeler à mon corps que la vie a des rythmes et des cycles sur lesquels je peux me caler, me poser. J’exerce mon cerveau à la formation et à la reproduction de modèles et du sens qu’ils induisent, et ainsi je peux me reposer sur la sécurité et la confiance que cela apporte. C’est une façon de se reconnecter avec ses mémoires cellulaires les plus profondes et le sentiment d’harmonie que chaque être porte en lui.
Je chante pour renouveler la résonance de mon corps, écouter et influencer mes émotions, ma vitalité, par la vibration de mon corps physique.
Ainsi, un art introverti est beaucoup plus proche de la pratique du yoga,du tai chi ou de la méditation, disons de cet aspect holistique d’un travail de connexion énergétique intérieure, en reliant l’extrême corporel à l’extrême spirituel. Il est très introspectif, et n’est pas directement tourné vers l’extérieur. Il prend tout son sens dans le développement de mon état de conscience, son objectif est dirigé vers le fait de cultiver, enrichir et harmoniser mon monde intérieur.
Dans un art introverti, l’œuvre produite à une valeur de feedback, une sorte d’autoévaluation de mon travail intérieur, un miroir de mon état mental, symbolique et énergétique. Le but n’est donc pas d’améliorer mon travail extérieur, c’est à dire de produire des œuvres de plus en plus belles à offrir, mais d’améliorer la teneur de mon royaume intérieur, de sortir de mes tendances réductrices et de déployer mes ailes !!!
Ici, l’artiste de génie qui produirait des œuvres magnifiques mais dont l’âme resterait immature et autodestructrice, serait hors sujet dans cette forme de pratique...car il ne s’agit pas simplement de lâcher ou de jeter ses émotions sur le papier, mais bel et bien d’écouter les bruits du dedans, de les soupeser et de chercher à les réajuster, à les harmoniser…
Et il faut donner beaucoup d’espace à cette transformation, c’est la priorité même du travail de régénération de soi-même.
En cela, on peut observer une autre dimension que l’on ne retrouve pas forcément dans l’art thérapie...je dirais que l’art thérapie se dirige vers la même direction,à donner de l’espace pour exprimer ses émotions, ses mal-être intérieurs, et ensuite observer les changements qui découlent de ce travail de nettoyage...mais cette pratique cherche à guérir, à retrouver la santé d’un paysage intérieur dans les limites de la normalité sociale... alors que l’art introverti propose d’aller au-delà du mieux, d’œuvrer à une amélioration de son univers intérieur en réelle profondeur et sans limites…
Je dirais que l’art introverti serait plutôt naît de l’union entre art et spiritualité, un art plus pénétrant.
Par exemple, dans le zen on utilise l’art pour manifester et construire son état de conscience. Comme dans l’exercice du cercle, où il s’agit de tracer à main levée le cercle le plus parfait, le plus juste possible...le but n’étant pas de récolter une foule d’applaudissements, mais d’éprouver son niveau de concentration, de maîtrise de soi, de Présence et ainsi progresser sur le chemin de la réalisation…
Aussi la transe chamanique utilise l’art pour élargir la conscience et apporter des insights des connexions, des visions. Ou également, dans le candomblé, la musique, la danse et le chant sont utilisés pour sortir du monde matériel et entrer en relation avec d’autres forces archétypales, dans des dimensions plus spirituelles. Ou encore dans le bouddhisme tibétain où l’on pratique la confection de mandalas comme un exercice de méditation, de formation de modèles pour organiser l’esprit, et apprendre à le diriger dans une direction précise, souhaitée et maîtrisée.
Mais je ressens le besoin d’apporter de la clarté et de la lisibilité sur tous ces outils actuellement à notre disposition ; de les déshabiller, de les dénuder, de les découvrir dans leur plus simple appareil. De garder leur esprit originel et de rendre leurs bases initiales aussi pures que possible afin que nous puissions les travailler dans notre réalité, notre vision du monde, nos idiosyncrasies , et adapter leur substance à notre culture…et non s’acharner à imiter, reproduire ou se réapproprier la partie visible de leur folklore et de leurs artifices.
...c’est un peu comme savoir lire une recette de cuisine. Par exemple, si je veux faire du pain, je peux suivre scrupuleusement une recette, même si je n’ai aucune expérience de la boulangerie...mais qu’adviendra-t-il si mon four n’est pas aussi puisant que celui indiqué ?...le temps de cuisson sera-t-il le même ?...ou bien si je suis en Thaïlande et que la levure est différente...le temps de levée sera-t-il identique ?...le temps et la température de cuisson conseillés dans le livre seront-ils fiables ? Tandis que si je connais les grands principes de la panification, je peux surveiller la levée et arrêter lorsque je reconnais une consistance satisfaisante. Je peux surveiller la cuisson et adapter le temps et la température...puisque je reconnais les phénomènes que j’ai sous les yeux.
Je suis intéressée pour rechercher les fondements, les principes primordiaux de ces dispositifs, afin qu’ils puissent être appliqués à d’autres domaines, d’autres cultures, et à chaque personnalité. C’est une recherche des plus intime : il s’agit de ma quête personnelle pour trouver des outils qui m’aident dans le processus de dilatation de mon Être.
Car le plus important, l’essentiel dans ce travail est de savoir garder la primeur de la connexion à l’expérience directe afin de pouvoir utiliser ces outils pour se maintenir sur son parcours. Parce qu’il est très facile de se perdre dans la superficialité du contenant et de nourrir une fascination illusoire et mécanique, et ainsi perdre la fraîcheur et le vrai sens du travail. Il est donc fondamental se réapproprier les bases, les fondements du contenu jusque dans leurs racines, que ce soit dans des pratiques sacrées ou bien des exercices à travers l’art.
C’est apprendre à lire le paysage externe pour construire son paysage interne, savoir y trouver des repères et savoir les adapter. Lire au mieux la réalité globale, pour mieux y déceler la voie vers sa propre réalité, pouvoir se situer...et découvrir son propre guide intérieur.
Le HK est une proposition de réflexion sur ces principes fondamentaux pour l’utilisation de l’art dans un travail intérieur. La démarche serait, à travers une recherche personnelle, de pouvoir établir une sorte de guide, une grille de repères pour amener de la clarté dans ses choix, développer son agence pour un travail, une pratique, un cheminement adapté à soi, à son être, à son individualité.