S´ouvrir à l'art

From Hunkung wiki
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Et si l’on considère l’art comme nourriture, comment s’ouvrir l’appétit ? Et surtout comment choisir son menu ? Tout d’abord, n’oublions pas de dissocier l’alimentation de notre âme de celle de notre intellect, et gardons-nous de cette dichotomie entre ce que peut nous apporter l’aspect esthétique d’une œuvre et son côté conceptuel.

Car si l’âme se nourrit principalement d’images, d’impressions, de symboles, d’émotions, notre intellect, lui, se repaît davantage d’idées, de notions, de concepts. Et il est bon d’affûter notre raison, de la charger de nouvelles connaissances, de s’ouvrir à de nouvelles idées, de nouveaux modes de pensée…mais doit-on pour autant mettre notre monde intérieur à la diète et le priver de la sensibilité, et de la créativité nécessaire à son bien-être ?

Et loin d’être incompatibles, ces deux repas sont complémentaires !

Mais pour le Hun Kung, le propos est de cultiver l’âme, et donc la question est de savoir quelles sont mes émotions, mes ressentis dans mon corps, dans mon cœur au contact d’une œuvre, et non de savoir quelles informations je peux en tirer.

Alors comment choisir ? Quelle substance ? Quelle teneur ?….quel art est bon ou mauvais pour mon âme ?...suis-je en train de nourrir mon âme ? Ou mon mental ? Ou pire, ni un ni l’autre et je ne fais que m’intoxiquer en absorbant des contenus incompatibles avec mon cheminement ? Suis-je suffisamment ferme et vigilant dans mes décisions ?

…comment s’ouvrir à l’art ? et surtout à quel art s’ouvrir ?

On pourrait penser que notre Être requiert un art très spirituel, tapissé d’anges et de bouddhas dorés, ou bien des recueils de morale et essais philosophiques des plus grands maîtres de l’histoire…

Et cela peut être une erreur de croire que notre Être a besoin d’une nourriture très élaborée, de choses prodigieuses au caractère important car notre âme ne se soucie guère de ces critères intellectuels ou moralistes. Il faut lui demander ! Et gardons-nous de croire qu’il suffit de la gaver des textes sacrés les plus aboutis, chargés des mantras les plus puissants et débordants des sagesses les plus élevées. Écoutez-la, peut-être qu’elle s’ennuie. Peut-être n’a-t-elle pas ce niveau de lecture, un niveau énergétique suffisant pour recevoir cela. Peut-être n’a-t-elle pas l’habilité d’ingérer, de digérer, d’assimiler cela. Alors il faut rester curieux et attentif à ce que l’âme apprécie, car c’est avec ce regard respectueux que l’on obtient les meilleurs résultats d’absorption.

Il s’agit d’un travail d’écoute et d’ouverture. Et il n’est pas rare que de petites choses, des plus simples, soient modestement des plus nourrissantes. Les maîtres en la matière resteront toujours les enfants. Regardez-les s’évertuer à construire des ponts, des autoroutes pour les fourmis, ou plus dur, pour les araignées, et en sortir les yeux émerveillés de cette lueur sans nom. Ou bien ce clown ingénu qui joue bravement sur ce morceau de bois défraîchi qu’il nous présente comme guitare, et nous en offre chaque sanglot, chaque éclat de rire…et je ne parlerai pas de ces comptines aux paroles fraîches et insouciantes, dont la portée intellectuelle reste à définir, comme ce monstre de la lagune qui nous fait danser, bouger de la tête aux pieds et réveil notre enfant intérieur à chaque écoute, et qui ont ce pouvoir de rallumer cette flamme essentielle, cette flamme de vie, ce feu de vie en nous.

Non, cette nourriture n’a pas forcément besoin d’être des plus sophistiquée, mais n’oublions pas de prospecter, toujours avec cette oreille attentionnée, car si l’âme s’ennuie ou se détourne, il faut arrêter ou fermer la porte, bien entendu, car elle seule sait ce qui est bon pour elle…

D’autant plus qu’une denrée rare peut très bien surgir des endroits les plus inattendus. Il peut se révéler très intéressant de s’ouvrir à ses propres présomptions et préjugés sur soi-même. Parce que peut-être il y a ces parties de nous que nous dissimulons sous un tapis de honte, les jugeant ridiculement stupides ou affreusement minables, ou bien ce côté jaloux, violent et agressif qu’il vaut mieux taire aux yeux de tous. Et certaines formes d’art peuvent nous permettre de les faire émerger, de les regarder, de les accepter, bien entendu sous couvert d’ancrage, de témoins, de guides.

Comme lorsque j’étais en retraite, une retraite de silence en forêt, où je m’attendais religieusement à entrevoir un bout de l’Éveil et les pensées plus élevées accompagnées des compréhensions les plus magistrales… et une musique stupide s’est invitée dans ma tête. Impossible de m’en défaire ! Je me souviens avoir été submergée par une honte intarissable qu’une musique d’un tel niveau vienne envahir un espace dédié à l’éveil !…

Mais elle était coriace et ne me lâchait pas et je n’ai pas eu d’autre alternative que de consentir et regarder avec une sincérité crue, comment cette horrible rengaine parlait de moi, de mes côtés cachés. Alors, je lui ai donné de la place, je l’ai acceptée, je ne l’ai pas censurée, et tant pis pour la morale. Je l’ai chantée, je l’ai jouée, je l’ai dansée, et elle est venue colorer mes moments d’allégresse comme mes moments difficiles, et s’est avérée être une précieuse compagne pour harmoniser mon âme et m’aider à la conduire où je voulais. Elle a su me montrer qu’il y a bien plus d’Amour à notre disposition lorsque nous acceptons nos côtés disgracieux qu’en se faisant violence à tenter de ressembler à une chimérique « belle personne »…

Alors je pense qu’il faut laisser la morale de côté, elle est affaire de raison et de cérébralité, l’âme a besoin d’autres filtres, bien plus intimes.

Les ateliers d’expression corporelle et autres thérapies connaissent parfaitement le pouvoir de ce genre de procédé. La musique la plus détestable et grotesque peut s’avérer de plus performante pour faire émerger des émotions, des énergies cachées en nous, toutes ces petites choses refoulées qui nous créent des blocages. Il faut seulement savoir quand et comment utiliser chaque outil.

Je me souviens d’une stage de buffon, où l’animateur, pour faire surgir nos faces cachées les plus laides et les plus inavouables, nous avait fait danser sur une musique de funk brésilien. Objectif atteint, car pour la première fois, moi, intellectuelle avérée et féministe endurcie, maudissant de tout mon possible cette musique des plus violente incitant à une sexualité des plus machiste et malveillante, j’ai permis à mon Être de danser de tout son corps sur cette musique, de m’ouvrir, de m’y abandonner et d’observer mes réactions, mais ce dans un espace sécurisant (et sécurisé !) et sous l’aile bienveillante d’un guide éclairé.

C'était très intéressant de découvrir comment le funk dilatait mon énergie sexuelle avec une facilité déconcertante, allumait mon âme et ouvrait des portes sur des valeurs cachées au plus profond de moi. Et loin de cette société toujours si moraliste, j’étais libre, pour quelques moments d’explorer les recoins des bas-fonds de ce monde et de toucher les parties les plus basses de moi-même. Mais avec ces observations et ma vigilance, j’ai pu prendre ce côté soi-disant infâme et le monter, l’apprivoiser, l’enrichir …le relever parce qu'il était alors émergé, tangible et présent.

Mais il faut toutefois savoir déceler des bonnes circonstances, créer de bonnes conditions et pouvoir fermer la porte si ce qui rentre est malsain…car je ne suis pas sûre que danser le funk brésilien avec des personnes aussi sordides que malveillantes aurait émerveillé mon âme. De même que je me suis permis de poursuivre l’exercice puisque les découvertes étaient fructueuses, dans le cas contraire il faut savoir couper résolument.

C’est pourquoi nous ne pouvons franchement délibérer sur un bon ou un mauvais art, mais plutôt sur des approches et des conditions favorables ou inopportunes pour le toucher objectivement, car même l’art le plus bas peut être de la plus haute utilité pour s’harmoniser. Et ainsi, observer un authentique : « qui suis-je ? » au lieu d’idéaliser un illusoire : « comment voudrais-je être ? »

Ce type d’art aux allures de médiocrité et aux parfums d’insalubre peut se révéler d’un précieux secours dans un travail intérieur, si on le grignote à petite dose. Mais comme nourriture quotidienne, il est essentiel de trouver des ouvrages qui nous aident à entrer en résonance avec le corps énergétique que l’on souhaite construire et aux paysages dans lesquels on entend se promener.

Je pense qu’une des principales difficultés dans le travail de l’âme est de trouver un bon répertoire. Cela me semble un défi énorme et j’avoue que c’est de là que m’est venue l’idée, l’envie ou le besoin, d’écrire sur le Hun Kung, dans l’espoir d’inspirer des artistes à produire un travail compatible avec l'âme.

Parce que je trouve très difficile de se procurer de la nourriture saine pour son âme. C’est une entreprise fastidieuse et périlleuse, que d’utiliser un matériel artistique des plus impropre et de l’harmoniser, cela demande beaucoup de vigilance et d’agence, car je ne trouve pas si fréquent d’en découvrir un dans lequel je peux m’abandonner librement, totalement réceptive, m’ouvrir entièrement et recevoir sans réserve.

Car ces répertoires, il faut les construire avec curiosité, vigilance, attention, stabilité, les rechercher, les débusquer, en faire la critique sans moraliser, pour refaire le cycle et de nouveau s’ouvrir avec curiosité. C’est ainsi, au gré des erreurs et des victoires, des faux pas et des belles trouvailles, des bonnes et mauvaises rencontres, que l’on peut se choisir une culture, se constituer un répertoire solide et fertile. Et ici, le sens critique occupe une place de choix.

Comment est cette rencontre?...profitable ou néfaste?
Que m’apporte-t-elle? …de l'agitation ou de l'énergie utile ? de la carence ou de l’épanouissement?
Est-ce que je veux reproduire ces images dans mon esprit?
Est-ce que je veux produire davantage de ces sensations dans mon corps?


En ce sens, l’esprit critique trouve son sens, à la fin de la rencontre pour savoir si je souhaite vraiment continuer à nourrir ce type de rencontre ou pas, mais en aucun cas penser qu’il va me protéger durant la rencontre. Il trouvera son rôle de protecteur, après ce genre d’analyse, en nous apprenant à éviter les rencontres malheureuses, à l’avenir.

Car une rencontre n’a rien d’anodin, il faut s’observer, s’ausculter, se questionner…

…les réponses sont en nous…