Paysages et filtres4-fonction artistique

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Paysages et filtres 4: Fonction artistique

Nous allons maintenant envisager l’art sous une autre forme, car il faut dissocier sa créativité et sa qualité technique, c’est-à-dire, sa valeur plastique, de sa disposition à nous atteindre, la force et la profondeur avec laquelle il va nous toucher et intervenir sur notre conditionnement, c’est-à-dire, sa fonction artistique.

En effet, le Hun Kung considère d’avantage les arts selon cette perspective, et certains ouvrages sont très efficaces en terme de fonction artistique, en reproduisant de manière factice la nature même de la vie. Ils sont capables de rentrer dans notre corps, notre âme et produire des réactions physiques, hormonales, psychiques, émotionnelles, énergétiques très fortes. Et cela attire et accapare notre attention. Un véritable kidnapping!

Comme cette musique horrible que je déteste, avec ce refrain machiste!...trop tard, elle passait au supermarché, j’ai fait mes courses avec elle, et voilà que je fredonne ses paroles en bougeant sur son tempo!...et pourtant je maudit cette chanson, je l’ai vu venir et me refuse tout entier à écouter cela, mais toute la volonté du monde ne suffit pas, j’en suis imprégnee jusqu’à la moelle.

Ou encore ce film hier soir, chef d’œuvre de la comédie hollywoodienne, rempli de clichés et de dialogues à faire pâlir de jalousie tous les animaux de la basse-cour…quel ridicule, je pensais simplement me détendre…parfait ! Cette médiocrité stupéfiante a abreuvé mon sommeil, mes rêves, mon petit-déjeuner et me poursuit peut-être même encore aujourd’hui!...Alors, anodin l’effet de cet art de bas-étage?

Plus pernicieux encore, les informations et la presse sous toutes ses formes, où des spécialistes reconnus traitent de l’actualité de façon «rationnelle», «analytique» et «intelligente» avec un «regard critique» sur les évènements…tout comme moi, je suis doué d’un sens critique hors pair pour prendre du recul sur les choses! Et quel piège!...Persuadé d’avoir le discernement nécessaire pour me soustraire à tout cela, me voilà enclin à la tristesse pour tous ces sans-abri, à la peur que ces guerres s’invitent dans mon salon, et toute cette famine qui me ronge le ventre…Mon sens critique ne m’a guère protégé de ces émotions. D’autant plus que les médias savent très bien jouer sur la corde sensible, agir sur notre affect et influencer notre regard sur les choses.

Je tiens a souligner que j'étudie le sujet en profondeur depuis de nombreuses années, examinant et analysant diverses recherches sur l'éducation aux médias et l'impact des médias sur notre comportement. Mais quand une chanson au goût douteux et un refrain sexiste me vient à l’oreille alors que je fais mes courses au supermarché, tout ce savoir est vain. Je me souviens même d’une équipe de cinq philosophes, dix sociologues et quelques biologistes avec laquelle nous avons formulé une critique sévère de la musique pour essayer de me protéger. Mais malgré toute ma bonne volonté, l'exercice de mon intelligence et mon sens critique très pointu... son contenu s'insinue en moi et m'envahit quand même.

Nous sommes en relation permanente et sans réserve avec notre environnement, ses éléments nous pénètrent et se répandent, inondant notre corps, notre âme, nos émotions, nos mémoires jusque dans nos rêves. Et il faut constater que l’art est d’une force pénétrante très puissante. Et ce n’est pas de croire qu’une œuvre ne m’atteindra pas puisqu’elle est médiocre, ni le dernier flash info, puisque ce n’est pas de l’art…

Ce sont là deux points important au travail de prise de conscience du Hun Kung :

  • dissocier clairement les deux aspects d'une œuvre d'art : d'une part, sa qualité esthétique, c’est-à-dire sa valeur plastique ; et d’autre part, sa force pénétrante, sa capacité à modifier notre rapport, immédiat ou durable, au monde, c'est-à-dire sa fonction artistique.
  • prendre conscience que notre sens critique n’empêche pas les choses de nous affecter. Le sens critique ne peut que pré-filtrer ce que nous allons consommer, mais il ne peut pas nous protéger des contacts nocifs ni nous immuniser.
Alors, comment choisir ce qui est bon ou mauvais?
Ce que je laisse entrer ou non en moi?
Quelle direction de vie adopter?

Comme le répète si simplement Luis Ansa «on n’a que le choix». Alors promenons-nous dans la vie avec cette curiosité enfantine, écoutons les bruits du dehors, du dedans, en toute objectivité, et observons le plus honnêtement possible comment ces choses nous impactent et comment nous restons vulnérables à ces échanges avec le monde. Éloignons nous de cette arrogance qui nous pousse à croire que notre intelligence accrue et notre lourde expérience de la vie nous immunise contre ces vapeurs toxiques, même (et surtout!) celles aux effluves insignifiantes, et peu à peu laissons ces poisons sur le perron.

Et il en va de la même vigilance et de la même sincérité du cœur à surveiller de ne pas fermer la porte aux belles choses profitables et bienfaitrices pour notre âme.

On ne peut pas se refuser à tout!!!...Il y a tant de choses délicieuses à dévorer sans relâche. Je pense à ce maître-artisan, virtuose de lumière, Rûmi, qui nous raconte l’Amour comme un modeste paysage idyllique dont il suffit d’en cueillir quelques fleurs pour s’enivrer de printemps jusqu’à la nuit des temps…

Ou encore, un de ses élèves assidus, Christian Bobin, dont chaque mot agit comme un breuvage enchanté qui détient le pouvoir merveilleux de guérir la moindre égratignure, plaie, ou infirmité du cœur, dès son absorption…

Et ces deux héros d’Armorique qui ont bercés toute mon enfance, et bercent encore aujourd’hui l’enfant que j’ai pu rester grâce à eux, en promenant leurs gauloiseries sans frontière dans chacune de leurs aventures pour le plus grand plaisir de leurs amis…et de leurs lecteurs. Quelle vent de fraicheur!

Ou cette chanson de la culture populaire avec seulement deux phrases simples qui parlent du petit oiseau qui chante hors de son nid. Quel pouvoir énorme elle a pour allumer la flamme de ma joie intérieure !

Non, nous ne pouvons et ne devons pas fermer la porte à tout !

Et telle est la proposition du Hun Kung : de s’ouvrir, de se risquer à délimiter sa propre direction de vie, en prenant conscience de l’importance des éléments qui nous traversent dans notre rapport au monde, de leur puissance, de la manière dont nous sommes impactés, et du caractère irrévocable de leur effet. Prendre profondément conscience que si mon sens critique peut m’aider à identifier et à me détourner de ces attaques, il n’en reste pas moins insuffisant, voir inefficace, pour me protéger une fois en contact avec elles, et prendre également conscience du pouvoir qui m’appartient de choisir, de filtrer ce que je laisse s’insinuer en moi ou non, car chacune de mes microdécisions m’appartiennent.

Il ne s’agit pas là des se culpabiliser au moindre faux-pas mais bel et bien de se responsabiliser, de rester vigilent, et peu à peu éduquer son corps, son esprit et son âme à se choisir, se construire un paysage nourricier, harmonieux et régénérateur .

De s’entourer d’un art qui nous aide à vivre, à vivre sainement..