L'origine du Hun Kung
![]() | Je suis en nécessité d’un Art qui m’aide à Vivre. |
— Ferreira Goulart |
Je devais avoir 18 ou 20 ans quand j’ai été touchée par les mots de ce poète, Ferreira Goulart, percutée par une vérité énorme! «Un Art qui m’aide à vivre», ça me fait toujours un fort et constant rappel vers mon art et ma vie. Je me les suis appropriés, tant ils m’ont pénétrés en profondeur. Ils m’ont suivis toute ma vie. Ces paroles m’ont ouvertes sur deux questions :
Il faut dire que dans ma jeunesse je me suis souvent sentie perdue (qui ne l’a jamais été ?) ballottée par le monde, comme s’il pilotait à ma place. Un sentiment d’impuissance à me diriger moi-même, à prendre des décisions qui m’appartiennent.
Je ne me sentais pas « propriétaire » de moi-même, de mon chemin, de ma vie. Par manque de souveraineté, c’est-à-dire, capacité d'agir. Cette notion est très présente dans le Hun Kung : pouvoir et savoir s’orienter; être souverain de soi-même, maître de ses décisions, propriétaire de ses choix.
Je n’avais pas conscience qu’il y avait un chemin, et mieux, que nous possédions la faculté de choisir notre orientation! Je ne voyais pas cette indépendance au cœur de ce réseau de connexions avec le monde, qui peuvent tant détruire…
Plus tard, j’ai découvert des écoles de connaissances, écoles oui, de philosophie de vie: le yoga, le taoïsme, le bouddhisme, des formes de pratiques et de regard sur la vie qui nous éloigne de tout fatalisme !
Il existe un chemin, on peut s’y entraîner, on peut construire son propre cheminement. J’ai pu déceler ce pouvoir de diriger sa vie à travers l’interdépendance au sein du monde. J’ai découvert que l’art de vivre est bien lié à la capacité de développer un jeu harmonieux avec le monde. Si diffèrent de cette croyance disant que le but de la vie est de réussir tous ses rêves.
Car je me suis rendue compte, plus d’une fois dans mon existence, que mes rêves ne me remplissaient pas. Lorsque je les tenais dans mes mains, pour moi désillusion et désespoir… je n’étais pas heureuse. Désillusion de me découvrir toujours insatisfaite et désespoir de penser que je ne pourrais jamais toucher le bonheur , ni même de l’approcher. Alors, où est le bonheur s'il ne vient pas lorsque je réalise mes désirs les plus chers ?
D’un autre côté, tant de gens se considèrent insuffisants pour le bonheur, essayant de combler les lacunes de leur vie quotidienne avec des rêves inaccessibles et imposant la triste prophétie selon laquelle le bonheur est trop loin pour être réalisé.
Pourtant, le bonheur est si proche… à nos côtés… Quand on le touche, il y a un brin de surprise : « alors, tu étais toujours là ? Si facile à toucher ? »
Bien loin d’être ce but ultime à atteindre, comme un objet extérieur à nous, le bonheur nous attend en notre fort-intérieur, sous une forme d’être, une attitude face à la vie, à travers un état d’esprit accueillant et réceptif aux belles choses qui le compose.
Le Yoga m’a enseigné que le Bonheur n’arrive pas par chance et ne disparaît pas par infortune. Il se choisit, se façonne et se cultive…par le travail, l’entraînement, la persévérance.
Luis Ansa, notre cher maître de l’Amour, entraîné aux différentes disciplines, comme le chamanisme et le soufisme, nous livre sa recette de l’allégresse ainsi, avec la simplicité et la douceur qui sont siennes :
![]() | (…)il suffit d’un simple effort de conjugaison… supplanter le conditionnel « j’aimerais être heureux » par l’indicatif « j’aime être heureux |
— Luis Ansa |
…et cette douceur s’appelle travail. Elle mérite d’être soignée assidûment, c’est pourquoi dans le Hun Kung, l’entraînement au quotidien(le mot « kung » signifie discipline) est un pilier de l’accomplissement personnel.
![]() | Je ne sais pas où l’on va
Et en se promenant dans le monde Je ne sais pas où va le monde Dans cette obscurité, j’erre sans but. Je sais juste que le monde va de-ci, de-là Je vais par-ci, par-là Voulant voir un soleil qui ne suffit pas Voulant avoir quelqu’un qui ne vient pas |
— Vanessa da Mata |
Cette chanson également traduisait bien mon état d’esprit avant ma rencontre avec ces écoles de philosophie de vie. Il n’y a rien d’irréversible dans le fait de se sentir perdu, on peut changer sa vision sur les choses, travailler son énergie vitale, sa concentration, sa Présence au monde.
Mais ces disciplines que j’ai connues étaient toutes orientales : d’Indes, du Tibet, de Chine ou du Japon…et je vois là une limite à leur enseignement pour quelqu’un qui aurait les mêmes origines que moi. Ils ne sont pas de ma culture et leur fonction artistique ne me permet pas une connexion émotionnelle forte et profonde.
Je me rappelle lorsque mon professeur bouddhiste a essayé de nous apprendre que l’éléphant avait pour symbolique d’être une aide très précieuse pour le transport des marchandises ou que la reine représentait la générosité, tous les élèves se sont exclamés stupéfaits : « quoi ?????? ». Si je pense à un éléphant, cela n’est pas la première connexion qui me viendra à l’esprit., et si je pense à une reine, au mieux je vais penser à la reine d’Angleterre, si loin de la générosité…
Je vois aussi le risque de faire des amalgames en interprétant mal les enseignements, des erreurs de sens liés intrinsèquement à leur culture d’origine. Dans nos sociétés judéo-chrétiennes on est imprégnés d’une culture de peur, de culpabilité et d’autopunition. Alors que les tibétains ne connaissent que peu ce sentiment d’auto-accusation. Il arrive que le dialogue symbolique ne marche pas. Leurs symboles, leurs mythologies, leurs prières ne font pas sens en moi. Donc, la connexion n’est pas optimale.
Ce sont là des questions cruciales que pose le Hun Kung :
Et bien au-delà de la fonction artistique des arts sacrés, nous sommes soumis à l’influence des arts laïques et populaires au quotidien, et eux peuvent nous atteindre par notre propre culture. Malgré toutes mes sages pratiques de chi kung ou de compassion bouddhiste, la publicité est là en permanence pour me montrer avec insistance où est le bonheur, et les films me parlent de détruire mes ennemis pour résoudre mes problèmes. Qui croire, alors ?
Là encore, la vigilance reste essentielle pour savoir démêler, harmoniser et se façonner un art qui nous aide à vivre, un art nourricier, dénué de toute toxicité et confusion ; chargé de sagesse et d’inspiration.