Fonction artistique2-le receptive

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Art et fonction artistique - Le côté réceptif de l’art

Quote.pngLes assauts des bandits sont répétés des milliards des fois par jour: une lapidation par des images. Un visible rendu fou, d’être déraciné de l’invisible.
— Christian Bobin


Se tenir à l’écoute de notre âme pour mieux la nourrir, telle est la direction que propose le Hun Kung, et nous allons voir qu’un contact, une rencontre avec la fonction artistique d’un matériel quel qu’il soit, peut agir intimement sur notre corps, bouleverser la couleur de nos émotions, modifier la teneur de notre énergie et faire écho en nous en touchant des choses profondément ancrées et atteindre jusqu’à notre inconscient. Il s’agit là de dépeindre ce qui se produit en nous lorsque nous recevons le contenu de cet objet .

Il est facile de constater en écoutant une musique quelle alchimie s’empare de notre corps… Comment le beat sur-vitaminé de la techno peut accélérer notre rythme cardiaque et réveiller les hormones de l’adrénaline, et s’il est accompagné du vidéoclip chargé de ces images fractales envoûtantes, c’est tout entier que je plonge dans ce monde de vitesse et de fébrilité, alors que le tempo doux et fluet d’un menuet, lui, aura plutôt tendance à me bercer de légèreté et m’inonder d’une tranquillité sereine.

Entendons-nous vraiment à quel point ce genre de message s’immisce par nos cinq sens. Voyez-vous cette publicité pour le chocolat, où l’on peut dévorer des yeux la délicatesse de ce nappage qui recouvre savoureusement une poire charnue non moins appétissante… J’en ai encore l’eau à la bouche rien que d’y penser… Ou cette jolie fleur sur mon bureau, elle rayonne de tout son carmin et inonde la pièce de son parfum de beauté, je crois qu’elle me prête son envie de propager ma gratitude à la vie… ou bien encore, prendre soin d’enlacer un arbre de ses bras, s’imprégner à son contact du battement de son cœur et toucher de tout son être le souffle de la Grande Vie

Il est important de comprendre que le contenu conceptuel d’une œuvre esthétique peut être en dissonance avec l’effet qu’elle produit sur notre corps, nos émotions et notre inconscient. Comme ce dessin animé que j’adore, Avatar – le dernier maître de l’air. C’est un océan de sagesse orientale, une rivière de belles leçons de vie, une mer d’huile, mais pourtant, au regard de ses épisodes, mon corps est tendu, agité, chargé d’adrénaline… tant de tensions, guerres et combats. Je veux dire par là qu’au-delà du contenu de son message, sa fonction artistique influence mon état, produit une certaine alchimie au sein de mon corps et bouleverse également mes émotions, mon énergie.

L’art peut aussi réveiller en nous des instincts solidement ancrés dans les méandres les plus reculés de notre Être, comme l’instinct de survie, par exemple. Qui ne s’est jamais vu s’écrier, presqu’en panique : « Mais sors !Sors !! Viiiiite ! ! !» à la belle ingénue qui se manucure tranquillement, alors qu’un affreux psychopathe gravit quatre à quatre les marches qui mènent à sa chambre ? … Que se passe-t-il ? Mon canapé et mes pantoufles ne sont-ils pas suffisamment sécurisants ? et puis, ce thriller « n’est qu’une fiction », non? … pourtant mon corps réagit de tout son être comme s’il était en train de vivre la scène !

D’où l’importance de rester attentif et de se responsabiliser quant à ce que nous laissons entrer en nous par nos sens, et de cesser de consommer inopinément comme du pop corn tous les plats qui se présentent à nous. J’entends encore cette sinistre remarque lorsque certains de mes amis me parlent de leur vidéothèque remplie de films de guerre, de violence, de tragédie et de haine : « Mais, ce ne sont que des fictions ! » … Quand bien même ! … Je vois là une réalité pour le corps, il absorbe tels quels ces portraits funestes et crasseux puis en barbouille toutes ses émotions et énergies de ces couleurs nauséabondes. C’est comme insulter son meilleur ami en justifiant que c’est pour rire… c’est trop tard ! … les mots sont dits, les énergies sont lâchées… et elles sont malsaines… de même que les émotions qui en découlent !

Je vois cette confusion, ce manque de compréhension. Il y a comme une séparation, un gap entre la perception de la réalité et de l’effet produit. Je ne parle pas de l'évidence, de la violence gratuite des films d'horreur, dans lesquels on voit pendant deux heures différentes manières de couper des têtes ou d'ouvrir des entrailles; pas même des journaux sensationnalistes qui montrent 50 fois le même extrait d'un meurtre dans un parc devant des enfants. C’est trop évident et nous savons (presque) tous qu’il n’est pas sain de s’exposer à autant de violence.

Non, je veux parler de toutes ces petites violences, de ces emportements sauvages, ces produits toxiques que l’on inhale quasi-passivement, et qui, à force d’une répétition constante, brisent nos forces, tout comme une goutte d'eau peut briser une pierre.

L’industrie des médias se spécialise dans l’excès d’émotions fortes et sont souvent très nuisibles, car elles créent une certaine dépendance et ainsi se vendent plus facilement. Mais même dans les productions indépendantes l’art est parsemé de ces œuvres produites par des artistes qui recherchent essentiellement un lieu d’expression où déverser leurs débordements.

Alors j’implore un brin de vigilance quant à ce qu’on laisse rentrer en nous. Et aussi, de rester attentionné quant à ce que l’on offre, voire que l’on impose à l’autre. Assumer la responsabilité de l'art que nous produisons. Bien sûr que nos émotions, nos énergies nous réclament un terrain de jeu… j’y vois là une absolue nécessité… mais sommes nous pour autant vraiment obligés de les offrir aux autres comme un bouquet de fleurs fanées ou une boite de chocolats avariés ?

Oui, filtrer l’art, le message que l’on reçoit, mais également celui que l’on diffuse, car les gens achètent cette violence ordinaire et aiment à s’y complaire... et pourquoi ? … parce qu’elle nous est familière, elle est très présente en nous, elle nous est proche et fait écho à des choses d’accès facile, utilisant des chemins rouverts régulièrement. Et se refuser à cette prise de conscience, c’est continuer dans un automatisme malsain, consolider une prison sensorielle.

Pour le Hun Kung, il est primordial de bien privilégier l’usage de l’art comme un outil d’expansion de l’âme et non comme gadget anodin, car il possède cette clef magique, et c’est la même qui nous ouvre les portes du ciel ou qui nous verrouille dans les abîmes.Pour utiliser l'art à bon escient, nous devons être attentifs… non seulement à son contenu mais aux effets de cette rencontre sur notre corps, nos émotions, notre énergie et notre inconscient.

L’art est très symbolique, vous savez, sa parole n’utilise pas forcément de mots ou le langage du rationnel. Il s’adresse à nous par métaphores, par images interposées et peut apporter du sens par résonance, pas seulement avec des concepts. C’est ainsi qu’une chanson d’amour peut me faire ressentir autre chose que de l’amour, en touchant quelque chose de plus profond en moi, une sensation, une connaissance, une référence enfouie, qui n’a pas émergé.

Une fonction artistique n’est pas absolue. Un même travail peut apporter des sensations différentes selon la personnes qui le reçoit. Elle peut bien faire appel à une mémoire individuelle – comme dans ce western où chacun pourra s’identifier aussi bien au bon, à la brute ou au truand, selon l’archétype auquel il aspire, auquel il appartient.

L’impact de la fonction artistique peut être différent selon la culture de chacun. Par exemple, un occidental et un asiatique ne vivront pas forcément leur rencontre avec un paon, cet oiseau magistral, de la même manière. Difficile de rester indifférent à la superbe de son ramage, mais l’un pourra y voir la suffisance d’un vaniteux qui se pavane en exposant impérialement le kiriel de ses couleurs, alors que l’autre pourra reconnaître l’emblème des bodhisattvas, celui qui absorbe le poison du monde pour le transformer généreusement en cette beauté offerte…

Une fonction artistique peut avoir un caractère parfois individuel, parfois culturel, mais généralement un matériau artistique a le pouvoir de toucher des personnes très différentes.C’est l’une des plus remarquables manifestations de l’étendue du pouvoir de l’art, cette capacité à nous rassembler, à nous unifier autour d’une ontologie, une façon de voir et sentir la vie. Alors pourquoi donc le consommer aveuglement et rester sourd à son pouvoir de nourrir nos connexions au monde, de régénérer les filtres de notre réalité, de restaurer notre inconscient ?

Restaurer notre inconscient... la nature est parsemée de ces ouvrages aux symétries et proportions parfaites comme les mandalas, ou bien ces chansons à rengaine que l’on peut reprendre à foison, et ce genre de répétitions nous imprègnent de cet équilibre structurel, n’est-ce pas une belle façon d’organiser, d’harmoniser notre inconscient (ou notre Être inconsciemment ?).

Un autre incroyable talent que possède l’art: nous donner à vivre une expérience qui n’a pas été vécue personnellement… La résonance est une rencontre avec quelqu’un ou quelque chose qui nous prête son expérience de vie! Quel outil d’apprentissage prodigieux pour faire ses armes sans risquer la blessure, comme si, par simple résonance, nous pouvions avoir accès aux acquis des autres, nous connecter à un réseau de mémoire collective et nous ouvrir à toute cette somme de connaissances !

Quelle technologie inouïe!

Je me souviens avoir assisté à une danse rituelle de Candomblé, une religion africaine du Brésil. Quelle expérience intense et fascinante! Tout était parfaitement orchestré, au rythme des percussions. Il y avait des codes, des couleurs, des mouvements, des pas, des positions des mains ou de la tête spécifiques pour inviter chaque orishá, les déités de cette religion. Par résonance, ils créaient une connexion avec des entités, et leur sagesse, et savoirs, présents dans une autre dimension… Et ainsi touchaient quelque chose de bien plus grand que notre inconscient individuel.


...S’approcher des mystères de la Grande Vie….

 

Un pouvoir très puissant et très dangereux en même temps. Il est donc de la plus haute importance de prendre conscience de sa portée pour l’apprivoiser respectueusement, le cultiver, en faire bon usage afin d’apprendre à se protéger, à s’ouvrir. Et cette perspective est cruciale pour le Hun Kung, car c’est avec cette vision du monde, de ce pouvoir que l’art nous apporte, que l’on peut construire sa façon de le pratiquer et de vivre à ses côtés.


Et quelle chance, quel privilège de savoir que l’on peut améliorer notre capacité de résonance, cultiver cette ouverture !

Apprendre, ressentir ou devenir quelque chose par résonance est une technologie développée depuis des millénaires par le chamanisme. Plusieurs philosophies indiennes parlent déjà des archives akashiques comme d’un moyen d’accéder aux connaissances humaines les plus diverses. Le biologiste Ruppert Sheldrake a basé l’essentiel de son travail sur ce qu’il appelle la morphic resonance. C’est-à-dire, un phénomène qui dépasserait nos mémoires et l’inconscient collectif. Il démontre que l’évolution d’une espèce ou d’un individu ne serait pas uniquement le résultat d’une adaptation laborieuse ou empirique par contact avec le monde matériel, mais peut également fonctionner par résonance, en suivant des connexions bien moins tangibles.

Ainsi, un virus présent au Brésil serait capable d’effectuer la même mutation dans le même laps de temps que son cousin australien, sans avoir été en contact ni eu le temps de transmettre la moindre information. Quel enthousiasme de savoir que si une personne évolue à l’autre bout du monde, nous pouvons profiter de son expérience, toucher toutes ses joies, toutes ses qualités, tous les fruits de cette progression. Mais si nous sommes ainsi reliés à cette « matrice », cela implique que toutes les souffrances du monde, toutes ses tares et ses défauts, ses instruments de régression et de décadence…peuvent également nous atteindre!

Notre tâche serait donc d’apprendre à nager dans l’immensité de cet océan, à s’y repérer, et déceler ce que l’on veut toucher ou pas…

Un peu comme lorsque nous rencontrons une forme d’art pour la première fois. “Tout nouveau, tout beau” et la beauté de cette découverte peut nous combler naïvement d’une euphorie sans précédent, nous appelant a revenir, mais prudence…


Est-ce réellement bon pour moi ?
À quoi cet art fait-il écho en moi ?
S’adresse-t-il vraiment à moi ?
Est-ce sincèrement le chemin que je veux suivre ?

Nous avons à notre disposition une technologie extraordinaire qui peut nous relier à des choses incroyables du sacré, du divin, des sources intarissables de sagesse, des montagnes de bonheur et de courage, des forets de connaissances et d’expériences… Un outil d’autant plus puissant qu’il nous demande de redoubler de vigilance, de conserver solidement notre agence, avec curiosité et lucidité pour progresser d’un pas sur dans cet infini des possibles.